En bref : Le Mont Ventoux est l'une des montées mythiques du cyclisme mondial. Par Bédoin, Malaucène ou Sault, les trois versants offrent des expériences radicalement différentes. Ce guide réunit tout ce que cyclistes et vététistes doivent savoir : dénivelés exacts, temps moyens, équipements, locations de vélos dans les villages et secrets des sentiers forestiers hors des sentiers battus.

Il y a des sommets qui se franchissent, et des sommets qui vous transforment. Le Mont Ventoux appartient à la seconde catégorie. Depuis que le Tour de France l’a consacré comme l’un des terrains de jeu les plus redoutables de la compétition cycliste mondiale, la montagne calcaire du Vaucluse est devenue un pèlerinage pour les cyclistes du monde entier. Chaque année, des dizaines de milliers de passionnés de deux-roues viennent se mesurer à ses 1 912 mètres d’altitude, à ses pentes impitoyables et à son sommet lunaire battu par les vents.

Mais au-delà du défi sportif, le Ventoux est aussi un terrain d’exploration extraordinaire pour les vététistes qui cherchent des sentiers techniques dans les forêts provençales, ou pour les cyclotouristes qui veulent profiter des paysages à un rythme plus contemplatif.

Tom Simpson et la légende noire du Ventoux

La mythologie cycliste du Mont Ventoux est indissociable de la tragédie du 13 juillet 1967. Ce jour-là, lors de la 13e étape du Tour de France, Tom Simpson — champion britannique adulé et l’un des meilleurs coureurs du monde — s’effondre sur les pentes du versant de Bédoin, à 1 km du sommet, sous une chaleur de 45 degrés. Il décède peu après. Le monument qui marque l’endroit exact de sa chute est devenu un lieu de pèlerinage pour les cyclistes du monde entier, qui y déposent des bielles, des bidons et des casquettes en hommage à « Major Tom ».

Cet épisode dramatique a paradoxalement renforcé la réputation mystique du Ventoux. La montagne était déjà connue des coureurs pour sa dureté — Eddy Merckx lui-même avait failli s’y évanouir en 1970 — mais Simpson en a fait une montagne mythologique. Aujourd’hui, chaque cycliste qui monte par Bédoin frôle la stèle Simpson et comprend, dans sa chair douloureuse, ce que cette montagne peut demander comme effort.

Le Ventoux a été le théâtre de moments légendaires du Tour de France : les victoires de Charly Gaul en 1958, de Lucien Aimar en 1966, de Marco Pantani en 2000, de Lance Armstrong, de Chris Froome. Les générations se succèdent mais la montagne, elle, ne change pas.

Les trois versants : trois ascensions, trois expériences

Le Mont Ventoux offre la particularité rare d’être gravi par trois routes distinctes, chacune avec sa personnalité propre. Les cyclistes confirmés rêvent de réaliser les trois dans la même journée — exploit appelé la « Triple Ascension » — mais chaque versant mérite d’être apprécié séparément.

Bédoin - le versant classique (21,5 km / 1 610 m de dénivelé)

Bédoin est le départ emblématique, celui du Tour de France, celui que les cyclistes du monde entier viennent chercher. Depuis le village, la route D974 démarre doucement sur 6 km en faux-plat avant d’attaquer sérieusement. La forêt commence à Saint-Estève avec les premières pentes à 9-10 %, une longue montée dans l’ombre des pins qui cache la souffrance mais cache aussi la chaleur.

À Chalet Reynard, vers 1 400 m d’altitude, la forêt s’arrête brutalement. On entre alors dans la zone la plus spectaculaire et la plus redoutable du Ventoux : 6 km dans un désert de pierres blanches, sans ombre, sous le vent du nord ou sous le soleil impitoyable selon la saison. C’est là que les ascensions se gagnent ou se perdent. La pente est de 7 à 8 % en moyenne avec des passages brefs à 11 %. Le sommet, visible depuis Chalet Reynard, semble à portée de main — mais chaque kilomètre dure une éternité.

Le dénivelé total est de 1 610 m sur 21,5 km, soit une pente moyenne de 7,5 %. Les meilleurs amateurs réalisent l’ascension en 1h45 à 2h. Le grimpeur moyen compte 2h30 à 3h. Pour les premiers essais, 3h30 à 4h est tout à fait honorable.

Malaucène - le versant nord (21 km / 1 570 m de dénivelé)

Le versant de Malaucène est le plus sauvage et le moins fréquenté des trois. Depuis Malaucène, la D974 monte régulièrement à travers des forêts de chênes et de hêtres jusqu’au plateau du Mont Serein. Les paysages sont plus nordiques, plus frais en été, et souvent enneigés au printemps. La difficulté est comparable à Bédoin mais la route est moins large, la circulation plus légère.

Un point remarquable de ce versant : on passe par la station de ski du Mont Serein, vers 1 445 m, où l’on peut s’arrêter pour refaire le plein d’eau avant la dernière partie vers le sommet. Les deux derniers kilomètres, après la station, sont les plus exposés au vent du nord — parfois un avantage en été pour refroidir un organisme surchauffé, parfois une punition en automne quand le mistral souffle.

Sault - le versant est (26 km / 1 210 m de dénivelé)

Sault est le versant des familles et des cyclotouristes. Depuis le village lavande à 765 m d’altitude, la route D164 monte avec régularité sur 26 km, sans les passages redoutables des versants nord et sud. La pente moyenne n’est que de 4,7 %, ce qui rend l’ascension accessible aux cyclistes de niveau intermédiaire. Les paysages sont ceux de la Provence intérieure : lavandiers, champs d’épeautre, garrigues odorantes.

Le versant de Sault rejoint la route de Bédoin à Chalet Reynard, à 6 km du sommet. Les 6 derniers kilomètres sont donc identiques quelle que soit la route choisie. Pour les cyclistes qui souhaitent « toucher le Ventoux » sans subir l’épreuve complète, Sault est la porte d’entrée idéale.

Singletrack VTT dans la forêt de cèdres sur le versant nord du Mont Ventoux, près de Beaumont-du-Ventoux
Les forêts du versant nord offrent des singletracks VTT exigeants et peu fréquentés, idéaux pour les descentes techniques.

VTT sur le Ventoux : sentiers forestiers et descentes techniques

Au-delà des routes goudronnées, le Mont Ventoux cache un réseau de sentiers VTT qui mérite une attention particulière. Les forêts du versant nord — cèdres, pins sylvestres, hêtres — recèlent des pistes techniques que les vététistes locaux jalousent parfois jalousement.

Le secteur de Beaumont-du-Ventoux

Au départ de Beaumont-du-Ventoux, plusieurs circuits VTT balisés permettent d’explorer les flancs nord de la montagne. Le sentier dit « Crête des Cèdres » (8 km aller, 450 m de dénivelé) monte à travers la forêt de cèdres de l’Atlas planté dans les années 1860, avant de déboucher sur une crête panoramique à 1 200 m d’altitude. La descente qui suit, sur un single track de 3 km, nécessite une bonne maîtrise du vélo.

Un autre circuit populaire depuis Beaumont relie le village à la station du Mont Serein par des chemins forestiers avant de descendre vers Malaucène par un trail long de 12 km. Ce parcours est classé rouge (difficile) sur les cartes VTT locales et convient aux riders avec de l’expérience en descente.

Les descentes depuis le sommet

La descente depuis le sommet du Ventoux par le versant nord est une expérience inoubliable pour les VTTistes aguerris. Sur la route ou sur les chemins forestiers adjacents, la descente de 1 912 m à Malaucène est un voyage dans la diversité des paysages : du minéral lunaire du sommet aux forêts fraîches du nord, en passant par les alpages et les zones rocheuses. Certains guides locaux proposent des sorties accompagnées avec montée en van et descente VTT — une formule qui permet de profiter de la descente sans subir la montée.

Bike parks et infrastructures

La région du Mont Ventoux n’a pas encore développé les grandes infrastructures de bike park que l’on trouve dans les Alpes, mais plusieurs projets sont en cours. Pour l’instant, les cyclistes et vététistes trouveront dans les villages alentour des fontaines d’eau potable indispensables (la chaleur provençale déshydrate vite), des ateliers de réparation basiques, et quelques magasins spécialisés.

Location de vélos : les meilleures adresses

Pour les visiteurs venus sans leur propre vélo, plusieurs loueurs proposent des solutions adaptées aux différents niveaux et budgets.

À Malaucène (versant nord), un loueur propose des vélos de route carbone de qualité, des VTT full-suspension et des VAE (vélos à assistance électrique). Comptez entre 35 et 60 euros par jour pour un vélo de route correct, avec équipement (casque, pompe, kit crevaison). Le VAE pour le Ventoux coûte entre 50 et 80 euros la journée et change radicalement l’expérience pour les cyclistes moins entraînés.

À Bédoin (versant sud), plusieurs loueurs se sont spécialisés dans les grimpeurs : vélos légers calibrés pour l’ascension, pédaliers compacts, et conseils personnalisés sur la meilleure stratégie d’ascension. Certains proposent un service de transfert de bagages jusqu’au sommet et de navette retour depuis le bas.

À Sault (versant est), la location se concentre sur le cyclotourisme et les VAE pour les ascensions en famille. Les loueurs de Sault proposent souvent des formules combinées avec des circuits lavande et des découvertes de la Provence orientale.

Conseils techniques pour réussir son ascension

L’ascension du Mont Ventoux est exigeante. Voici les conseils les plus importants pour transformer l’épreuve en plaisir.

Le développement est la question centrale pour les versants classiques. Un plateau de 34 dents associé à un pignon de 28 dents minimum (idéalement 32) permet de maintenir une cadence élevée dans les passages les plus raides. La tendance actuelle des cyclistes entraînés est d’utiliser des pédaliers compact (50/34) avec des cassettes 11-32 ou 11-34. Pour les débutants, un VAE supprime entièrement la question.

Pour la chaleur, la règle d’or est de partir avant 8h en juillet-août. La chaleur sur le versant de Bédoin peut être accablante au-delà de 10h. Le versant de Malaucène, exposé au nord, est plus frais mais plus venté. Emporter un vêtement imperméable léger est indispensable car le sommet peut être dans les nuages et froid même en plein été.

« Le Ventoux ne pardonne pas la précipitation. Il récompense en revanche ceux qui savent gérer leur effort, économiser dans la forêt pour tout donner sur le désert de pierres. C’est une montagne qui se respecte. »

L’hydratation est la variable critique. Prévoir 2 litres minimum pour l’ascension, avec une fontaine connue à Chalet Reynard pour faire le plein. Le sommet dispose d’un point d’eau. Les descentes sont souvent sous-estimées : une descente rapide par Bédoin après une montée épuisante peut être dangereuse si les jambes tremblent.

Cyclotourisme : explorer la région à deux roues

Pour les activités été sur le Ventoux en mode contemplatif, le cyclotourisme offre une façon incomparable de découvrir les villages et les paysages de la région. Les routes secondaires autour du Ventoux sont peu fréquentées par les voitures (sauf sur la D974 en saison) et traversent des paysages d’une beauté constante : vignes de l’AOC Ventoux, cerisiers du Comtat, lavandiers de Sault, villages perchés de l’Enclave des Papes.

Un circuit populaire combine Malaucène, Entrechaux, Vaison-la-Romaine et retour par les gorges de la Nesque — environ 80 km, 1 200 m de dénivelé, une journée de cyclotourisme magnifique. Un autre itinéraire relie Bédoin à Sault par les routes lavande (50 km, 600 m de dénivelé) avec une halte à Aurel et ses paysages de début de plateau d’Albion.

Pour les amateurs de cyclotourisme écoresponsable, le site verygreentrip.com recense les hébergements vélo-friendly de la région, les circuits balisés certifiés et les conseils pour voyager à deux roues avec le moins d’impact possible sur ces paysages provençaux qui méritent d’être préservés.

Vue panoramique depuis le sommet du Mont Ventoux en été, cycliste au bord de la route
Le sommet du Mont Ventoux offre par beau temps une vue à 360 degrés sur les Alpes, le Luberon, les Alpilles et jusqu'à la Méditerranée.

Le sommet en vélo : que trouver à 1 912 mètres ?

L’arrivée au sommet du Mont Ventoux à vélo est un moment d’émotion intense quelle que soit l’expérience du cycliste. La tour météorologique et son antenne reconnaissables entre toutes, plantées sur ce désert de cailloux blancs, constituent la ligne d’arrivée que des millions de cyclistes ont rêvé de franchir.

Au sommet, on trouve une boutique de souvenirs (photos souvenir, maillots du Ventoux), un snack ouvert en saison, et des toilettes. L’incontournable est la photo avec le panneau kilométrique au sommet — files d’attente garanties en juillet-août. Le sommet est souvent venté et froid même en été : le moindre t-shirt à manches courtes est insuffisant pour la descente. Prévoir obligatoirement un coupe-vent imperméable léger dans le maillot.

Le panorama par temps clair est époustouflant : les Alpes depuis le Mont Blanc jusqu’aux sommets de la Ligurie à l’est, le Luberon et les Alpilles au sud, la barre des Cévennes à l’ouest, et par temps exceptionnel la Méditerranée et les îles d’Hyères au sud-est. C’est à ce moment que l’effort consenti pour monter prend tout son sens.

Événements cyclistes sur le Ventoux

Le Ventoux accueille chaque année plusieurs événements qui font la joie des cyclistes amateurs. La « Ventoux Beaumont Beaumont » est une cyclosportive non chronométrée qui permet de gravir le versant de Bédoin dans un cadre sécurisé avec ravitaillements. L’événement « Cinglés du Ventoux » récompense les cyclistes qui réalisent les trois ascensions dans la même journée avec un titre officiel et un badge reconnu dans toute la communauté cycliste.

En dehors de ces événements, le calendrier du Tour de France reste le rendez-vous phare. Quand l’épreuve passe par le Ventoux, des dizaines de milliers de spectateurs envahissent les pentes. La fête est incomparable, l’ambiance électrique — mais venir à vélo ce jour-là est impossible, les routes étant fermées plusieurs jours avant l’étape.