Avant de partir : organiser son séjour autour du Ventoux
Le circuit touristique du Mont Ventoux est l’une des expériences les plus riches et les plus variées que le Vaucluse puisse offrir aux voyageurs en quête de destinations nature insolites. En trois jours, il est possible de découvrir la diversité remarquable d’un territoire qui concentre, dans un rayon de cinquante kilomètres, des paysages de montagne, des vignobles réputés, des villages médiévaux perchés, des plateaux de lavandes à perte de vue et des gorges spectaculaires.
Ce circuit a été conçu pour les voyageurs en quête de destinations nature insolites qui souhaitent s’éloigner des circuits touristiques classiques de Provence — la Camargue, les Baux-de-Provence, Gordes — pour plonger dans un territoire moins connu mais tout aussi exceptionnel. Il est adaptable selon la saison, le niveau physique et les intérêts : nature, cyclisme, gastronomie ou culture.
Le circuit présenté ici part de Malaucène, commune la plus accessible depuis Avignon (45 minutes) ou depuis Orange (35 minutes), et est conçu pour des visiteurs disposant d’un véhicule personnel. Prévoyez de rouler à vitesse réduite sur les routes de montagne : les panoramas vous inviteront constamment à vous arrêter.
Jour 1 : Le versant nord du Ventoux et ses villages secrets
Malaucène : la porte du versant nord
Malaucène est le point de départ naturel de tout circuit par le versant nord du Ventoux. Cette petite ville de 3200 habitants conserve un centre historique remarquablement intact : son cours Stanislas planté de platanes centenaires, sa fontaine du XVIIIe siècle, et son église romane construite par les papes d’Avignon au XIVe siècle.
Commencez la matinée par la visite du marché du mercredi (si vous passez en milieu de semaine), l’un des plus authentiques de la région avec ses étals de melons, d’herbes aromatiques, de fromages de chèvre et d’huiles d’olive. Achetez des provisions pour un pique-nique en altitude — vous ne le regretterez pas.
Depuis Malaucène, la D974 monte progressivement vers le versant nord du Ventoux. Les premiers kilomètres traversent des vignobles de l’AOC Ventoux, puis la route s’engage dans la forêt de chênes et de pins avant d’atteindre la forêt de cèdres de l’Atlas à partir de 900 mètres.
Beaumont-du-Ventoux : l’âme du versant nord
Le détour par Beaumont-du-Ventoux s’impose comme une étape incontournable. Ce village de 400 habitants, perché à 590 mètres sur les contreforts nord du Ventoux, offre l’un des panoramas les plus saisissants du massif depuis sa terrasse dominant la vallée du Groseau.
L’église romane du XIIe siècle, le vieux château en ruine qui domine les maisons en pierre dorée, et les ruelles étroites bordées de glycines en fleur créent une atmosphère médiévale préservée. La boulangerie du village prépare encore le pain au levain selon la méthode traditionnelle.
Déjeunez en altitude, soit au pique-nique dans la forêt de cèdres (tables aménagées au niveau du Col du Clapier), soit à l’auberge du village si vous revenez à Beaumont pour le repas.
Les villages du versant nord : Entrechaux et Brantes
L’après-midi du premier jour est consacré à l’exploration des villages nichés dans les plis du versant nord. Entrechaux conserve les ruines impressionnantes d’un château des évêques de Vaison-la-Romaine au-dessus de son village, avec une vue dégagée sur le Ventoux.
Brantes est peut-être le village le plus spectaculaire du circuit. Accroché à 640 mètres d’altitude sur une avancée rocheuse du versant nord, il semble défier les lois de la pesanteur avec ses maisons qui s’étagent jusqu’au bord du précipice. Le panorama depuis le belvedère sur les gorges du Toulourenc et le Ventoux est une des images les plus saisissantes du Vaucluse montagnard.
Distances Jour 1 : Environ 50 kilomètres, dont 20 en routes de montagne sinueuses. Hébergement conseillé : Gîte ou chambre d’hôtes à Malaucène ou Beaumont-du-Ventoux (50-90 €/nuit).
Jour 2 : Au sommet du Ventoux et dans les vignobles
La montée au sommet : préparer l’ascension
Le Jour 2 est consacré à l’expérience centrale du circuit : la montée au sommet du Mont Ventoux. Prévoyez un départ matinal (7h30-8h) pour plusieurs raisons pratiques : éviter la chaleur sur le versant sud, arriver avant les foules de cyclistes et de touristes, et profiter de la lumière rasante du matin sur le panorama sommital.
La montée en voiture depuis Malaucène prend 45 minutes environ sur la D974, avec des lacets progressifs qui traversent successivement les vignobles, la garrigue, la forêt de cèdres et la zone subalpine. Chaque virage révèle un nouveau panorama, invitant à de multiples arrêts photographiques.
« Depuis le sommet du Ventoux par temps clair, on embrasse du regard un quart de la France : les Alpes de Suisse, les Pyrénées, la Méditerranée, les volcans d'Auvergne et le Massif Central. Nulle part ailleurs en Provence, le sentiment d'être au centre d'un monde ne s'impose avec cette évidence. »
Au sommet : deux heures hors du temps
Garezlibrement au parking du sommet (payant en saison) et prenez le temps d’explorer le site. La tour de télévision, construite en 1967, et la stèle commémorative du Tour de France sont les éléments les plus reconnaissables, mais le vrai spectacle, c’est le panorama à 360 degrés sur une bonne partie de l’Europe méridionale.
La météo au sommet peut être très différente de celle observée dans la vallée, y compris en été. Emportez toujours une veste coupe-vent, même par belle journée : le vent peut souffler fort à toute saison. Le sommet blanc de calcaire et de quartzite, dénudé de toute végétation par l’exposition extrême, offre un paysage lunaire qui contraste avec la luxuriance des versants boisés.
Descente vers Bédoin et les vignobles AOC Ventoux
La descente par le versant sud vers Bédoin permet de découvrir un paysage radicalement différent du versant nord : plus sec, plus ensoleillé, avec des pentes qui expliquent pourquoi ce versant est le favori des cyclistes du Tour de France. Les 21 kilomètres de descente sur des pentes moyennes de 7,5 % sont une invitation à la prudence au volant — mais aussi un condensé de beauté provençale.
Bédoin, bourg de 3400 habitants réputé pour son marché du lundi et son Syndicat des Vignerons, est la porte d’entrée des vignobles de l’AOC Ventoux. L’après-midi du Jour 2 est consacré à la Route des Vins du Ventoux : une dizaine de domaines entre Bédoin et Mormoiron proposent des visites et dégustations.
La gastronomie provençale du Ventoux se décline ici dans une association haute en couleurs entre les plats du terroir et les vins de l’appellation. Un repas dans l’un des restaurants de Bédoin, accompagné d’un rouge de l’AOC Ventoux à base de grenache et de syrah, constitue la conclusion parfaite de cette journée intense.
Distances Jour 2 : Environ 60 kilomètres, dont 45 en montagne (versant nord et versant sud du sommet). Hébergement conseillé : Gîte ou mas d’hôtes dans le secteur de Bédoin ou Mormoiron (60-120 €/nuit).
Jour 3 : Sault, les lavandes et les gorges de la Nesque
Sault : capitale de la lavande et du nougat
Le Jour 3 s’ouvre sur un horizon différent : le plateau de Sault, à l’est du Ventoux, qui déroule ses champs de lavande jusqu’à perte de vue. Sault, petite ville de 1300 habitants perchée à 765 mètres, est la capitale incontestée de la lavande fine (à distinguer du lavandin, hybride cultivé dans les zones plus basses).
En juillet, les champs en fleur créent des paysages qui ont fait le tour du monde sur Instagram : rangées de lavande d’un violet profond se détachant sur le blanc du calcaire et le bleu du ciel provençal. Mais Sault vaut la visite en toute saison pour son marché du mercredi matin (l’un des plus savoureux du Vaucluse), ses maisons médiévales en pierre calcaire et la vue splendide sur le plateau d’Albion et le Ventoux.
La distillerie locale et les boutiques spécialisées proposent une gamme infinie de produits à la lavande : huiles essentielles, savons, tisanes, et le nougat de Sault — une spécialité locale au miel de lavande et aux amandes qui mérite d’être goûtée sur place et rapportée comme souvenir.
Les gorges de la Nesque : le grand couloir calcaire
De Sault, la D942 s’engage vers l’ouest dans les gorges de la Nesque, creusées par la rivière dans le calcaire du plateau. Ce canyon de 20 kilomètres, dont les parois atteignent par endroits 400 mètres de hauteur, constitue l’un des paysages les plus spectaculaires du Vaucluse.
La route de corniche qui longe les gorges sur tout leur parcours est un itinéraire automobile exceptionnel, avec de nombreux belvédères aménagés. Le plus impressionnant se situe au Rocher du Cire, où l’on plonge du regard dans le vide d’une paroi verticale de 300 mètres, avec la rivière Nesque qui serpente en miniature dans le fond du canyon.
Les gorges de la Nesque sont aussi un terrain de randonnée et de canyoning réputé. Les rapaces planent au-dessus des parois — circaètes, busards, et parfois vautours fauves qui ont été réintroduits dans le secteur. Les chênes verts et les buis forment un maquis dense sur les pentes, abritant une faune sauvage variée.
Aurel : le village suspendu sur les gorges
La dernière étape du circuit est le village d’Aurel, perché à 700 mètres sur un éperon rocheux au-dessus des gorges. Ce village de 90 habitants seulement est l’un des mieux préservés du Vaucluse : ruelles étroites pavées, maisons en pierre sèche, lavoir du XVIIe siècle et église romane ouverte en permanence.
La vue depuis le belvédère d’Aurel sur les gorges de la Nesque et le plateau de Sault est la dernière grande image du circuit — une synthèse parfaite des paysages traversés depuis trois jours : le calcaire blanc, les forêts sombres, les lavandes mauve et le Ventoux en arrière-plan qui trône sur tout le territoire.
Distances Jour 3 : Environ 80-90 kilomètres en boucle depuis Bédoin ou Carpentras.
Budget et logistique : planifier votre séjour
Budget indicatif par personne (3 jours, 2 nuits)
Hébergement : 120-240 € (2 nuits en gîte rural ou chambre d’hôtes, 60-120 € la nuit) Repas : 80-160 € (4 repas au restaurant à 20-40 € par repas, déjeuners pique-nique inclus) Activités payantes : 20-60 € (parking sommet Ventoux, visite lavanderie, dégustation vins) Carburant : 25-35 € (200 km environ à 7 L/100 km) Total estimé : 245-495 € par personne
Conseils logistiques
Le stationnement au sommet du Ventoux est payant en saison (3-5 €/jour). Arrivez avant 9h pour trouver facilement une place et éviter les files de véhicules sur la route de crête.
Sur les routes de montagne du circuit, la signalisation est bonne mais les distances sont courtes en linéaire et longues en temps à cause des virages. Prévoyez 20 à 30 % de temps supplémentaire par rapport à ce qu’un GPS calcule sur autoroute.
L’application mobile de l’Office de Tourisme du Mont Ventoux agrège les horaires des marchés, les conditions météo, les événements et les réservations de prestataires d’activités sur l’ensemble du massif.
Variantes saisonnières : adapter le circuit selon le mois
Printemps (avril-mai) : Idéal pour la flore (orchidées, floraison des garrigues) et l’ornithologie. Prévoir une tenue imperméable car le mistral et les averses sont fréquents.
Été (juillet-août) : Ajoutez la lavande à Sault et les marchés nocturnes. Prévoyez de démarrer tôt pour éviter la chaleur. Réservez les hébergements 3 mois à l’avance minimum.
Automne (sept.-oct.) : Les couleurs dans les cèdres et les hêtres sont somptueuses. Les vendanges animent les domaines de l’AOC Ventoux. Le mistral est moins violent qu’en hiver.
Hiver (déc.-mars) : Remplacez le Jour 2 par une journée de ski au Mont Serein. Les gorges de la Nesque sous la neige sont d’une beauté hivernale rare. Vérifiez les conditions de route avant de partir.
Gastronomie sur le circuit : les adresses et spécialités à ne pas manquer
La table est un élément central de tout séjour autour du Mont Ventoux. Le territoire cumule les appellations gastronomiques remarquables : truffe noire du Tricastin (décembre à mars), agneau de Sisteron AOP, melons de Cavaillon IGP, fromages de chèvre des Baronnies, huile d’olive du Luberon et vins de l’AOC Ventoux.
À Malaucène, la boulangerie-pâtisserie du centre-ville prépare chaque matin des fougasses à l’huile d’olive et aux olives noires, et des tartes aux noix et aux amandes qui constituent un petit-déjeuner idéal avant une randonnée. Le restaurant de l’Auberge de la Grange sert une cuisine de terroir copieuse et sincère : côte d’agneau grillée au thym, aïoli du vendredi, fromages de chèvre frais des producteurs locaux.
À Sault, le marché du mercredi matin est l’un des plus savoureux du Vaucluse. Les étals de miels de lavande (lavande fine, lavandin, garrigue), de nougats artisanaux, de fromages de brebis du plateau d’Albion et de petits légumes de jardin créent un paradis pour les amateurs de bons produits. La fromagerie locale propose une dégustation commentée qui explique les différences entre les productions de printemps, d’été et d’automne.
Les villages perchés à ne pas manquer hors itinéraire principal
L’itinéraire en trois jours présenté ici ne peut pas tout couvrir. Quelques villages méritent une mention spéciale pour les voyageurs qui disposent de temps supplémentaire ou qui reviennent dans la région.
Séguret, à l’extrême nord-ouest du circuit, est l’un des plus beaux villages de France selon le classement officiel. Ses ruelles médiévales, sa fontaine du XVe siècle et la vue plongeante sur la plaine de Vaison depuis ses remparts en font une halte incomparable en fin d’après-midi quand la lumière orangée du couchant illumine les pierres d’or.
Méthamis, à l’est de la Nesque, est le village oublié que les touristes pressés ne découvrent jamais. Perché sur un éperon rocheux dominant la Nesque, il offre une vue spectaculaire sur les gorges et une atmosphère de bout du monde qui enchante les amateurs de Provence authentique. Un pique-nique sur les remparts, les pieds dans le vide au-dessus du canyon, est une expérience inoubliable.
Crillon-le-Brave, à 7 kilomètres de Bédoin, est célèbre pour son hôtel de luxe installé dans un ancien château dominant les vignobles AOC Ventoux. Même pour les non-résidents, la montée au belvédère de l’église vaut le détour pour la vue sur le Ventoux et le Luberon qui s’ouvre depuis ce promontoire exceptionnel.
Comment combiner ce circuit avec d’autres destinations provençales
Le circuit du Mont Ventoux s’inscrit naturellement dans un séjour plus long dans le Vaucluse ou en Provence orientale. Plusieurs combinaisons sont particulièrement heureuses :
Ventoux + Gordes et le Luberon (5 jours) : après les 3 jours du circuit Ventoux, 2 jours supplémentaires suffisent pour explorer les villages perchés du Luberon (Gordes, Roussillon, Bonnieux) et les abbaye de Sénanque avec ses lavandes. Le contraste entre la sauvagerie du Ventoux et l’élégance architecturale du Luberon est saisissant.
Ventoux + Dentelles de Montmirail (4 jours) : les Dentelles, à 15 kilomètres au nord-est de Malaucène, offrent un complément parfait avec leurs villages viticoles réputés (Gigondas, Beaumes-de-Venise, Vacqueyras) et leurs dentelles de calcaire qui font le régal des grimpeurs.
Ventoux + Vaison-la-Romaine (demi-journée supplémentaire) : à 20 minutes de Malaucène, Vaison-la-Romaine concentre l’un des plus importants sites archéologiques romains de France hors d’Italie, une cathédrale romane du XIe siècle et une haute ville médiévale encore habitée. Une demi-journée suffit pour en saisir l’essentiel.
